Mawena Yehouessi et Michèle Rochat
PhD Dialogues
Ce rendez-vous est la troisième édition de PhD Dialogues, une série initiée en 2023 par l'Institut de recherche en arts visuels (IRAV) de l'EDHEA. Chaque dialogue réunit deux chercheuses-praticiennes ou chercheurs-praticiens qui présentent la recherche doctorale sous deux angles distincts: celui de la rédaction d'une proposition de doctorat et celui du parcours post-obtention du titre de docteur·e, offrant ainsi un regard rétrospectif sur l’expérience vécue.
Pour cette troisième édition, Mawena Yehouessi, artiste française et professeure d’enseignement artistique à l’Ecole Nationale Supérieur des Beaux-Arts de Lyon qui a soutenu sa thèse en 2025 à l’Université Côte d’Azur /Villa Arson, présentera sa pratique ancrée dans l’afrofuturisme et la «poïéthique» qu’elle poursuit dans le but de développer des stratégies d’émancipation collective. Mawena Yehouessi dialoguera avec Michèle Rochat, artiste suisse, chargée de cours et responsable du laboratoire modelage et polymères à l’EDHEA, qui élabore actuellement un projet de doctorat sur le thème des processus thermochimiques et le contexte écologique lié à la pratique céramique.
Le dialogue se déroule en français. Il est introduit et modéré par Jelena Martinovic, responsable de l’IRAV
Informations pratiques
Date: mardi 10 mars 2026, 16h - 18h30 (suivi d’un apéritif)
Lieu: EDHEA, salle de la Chapelle (Route de la Bonne-Eau 16, Sierre)
La participation au rendez--vous est gratuite, sur inscription (jusqu'au 8 mars). Voir le formulaire d'inscription.
Mawena Yehouessi
La recherche doctorale de Mawena Yehouessi (Université Côte d’Azur / Villa Arson), soutenue en décembre 2024, a étudié des formes et protocoles - notamment afrofuturistes - qui associaient de manière syncrétique le renouvellement des canons esthétiques (via la pratique du collage) à des motivations éthiques liées à la curation, afin de déployer des stratégies d’émancipation collectives et indisciplinées, au-delà des cadres habituels de la pluri- et transdisciplinarité. Elle y a proposé la notion de “poïéthiques” pour désigner des méthodologies créatives engageant à la fois des enjeux de représentation intersectionnelle, des conditions matérielles de production et de circulation, ainsi que des préoccupations technologiques, écologiques et prospectives (communes-aux-terres).
Relevant de la recherche-création, la thèse s’est articulée autour de quatre plateformes de co-écriture et de pratiques collectives: une plateforme cinématographique (Sol in the Dark), une plateforme chorégraphique (NSNAMDLM), une plateforme curatoriale et pédagogique (to “The Fire Next Time”… / before they were none), et la plateforme méthodologique du manuscrit lui-même, conçu comme un corpus lianescent mêlant essai, poésie, traduction et citation.
A travers ces expérimentations, il s’agissait moins de produire une théorie “sur” le collage et la curation que de tester comment des dispositifs composites pouvaient organiser des relations, maintenir des disjonctions actives et rendre transmissibles des héritages minorisés sans les pacifier. Le projet visait ainsi à contribuer à des écologies de soin et de réparation, et à des modes d’agentivité collective capables d’excéder les habitudes d’assignation, de méprise et d’extraction qui structurent encore largement les institutions artistiques et universitaires.
Mawena Yehouessi (1990-) est une curatrice, chercheuse et artiste dont la pratique s’ancre dans le collage, à la fois comme éthique et méthodologie d’émancipation collective. Après des études en littérature, philosophie, gestion de projet et danse contemporaine, elle fonde en 2015 le collectif Black(s) to the Future, amorçant un travail à l’intersection de l’art, de la recherche et de l’activisme. Se décrivant comme une «collisionniste», elle explore les frictions et les connivences entre disciplines, formats et récits.
En 2024, elle soutient la première thèse de recherche-création en Arts à la Villa Arson et à l’Université Côte d’Azur, intitulée Poïéthiques afrofuturistes: Trimer trames à l’intersection du collage et de la curation. Depuis 2025, elle enseigne à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Lyon. En Europe et à l’étranger, elle a conçu des expositions et programmes publics (Bétonsalon, La Box, Villa Arson, Fondation Ricard, Berghain/LAS...), tout en menant des activités pédagogiques, notamment à la HEAD–Genève et à l’ENSA Paris-Malaquais. Ses deux premiers films collectifs, Sol in the Dark et Joy Boy, sont présentés en avant-première à la 72ᵉ (2022) puis à la 76ᵉ Berlinale (2026), tandis que son travail visuel a été exposé, entre autres, au Beursschouwburg, à la Triennale de Dunkerque, Tanzhaus Zürich, deSingel et à l’IAC—Villeurbanne/Rhône-Alpes. Elle a également contribué à la traduction de plusieurs textes de Fred Moten en français, et ses propres écrits ont été publiés dans e-flux Architecture, A'Desk, Klima et The Funambulist et divers catalogues d’exposition.
Michèle Rochat
Le projet de recherche de Michèle Rochat, en cours d’élaboration, est issu d’une pratique de la céramique développée dans le prolongement d’un master en design social. Inscrit dans une démarche de recherche par la pratique, il interroge la manière dont des transformations matérielles réelles peuvent être abordées comme des situations d’enquête au sein d’une pratique artistique.
A partir de situations de transformation concrètes issues de la pratique céramique, les processus thermochimiques y sont abordés non comme de simples opérations techniques, mais comme des micro-événements situés, qui permettent d’interroger leur inscription dans des contextes écologiques et énergétiques plus larges. La recherche explore les relations matérielles, énergétiques et écologiques que ces transformations rendent perceptibles, en portant une attention particulière à la distribution de l’agentivité entre matière, dispositifs techniques, gestes humains et environnements. L’enjeu est ainsi d’examiner comment des situations de transformation matérielle peuvent fonctionner comme des dispositifs de mise en relation, rendant perceptibles et partageables des relations matérielles et énergétiques inscrites dans des contextes élargis.
La présentation portera sur ce projet de recherche, ses cadres méthodologiques et les déplacements conceptuels qu’il opère, notamment dans la manière d’aborder la transformation matérielle, l’agentivité et les relations entre pratique artistique et contextes élargis. Elle ouvrira également sur les prolongements possibles de cette recherche dans le cadre d’un projet doctoral en art et design.
Michèle Rochat évolue entre pratique artistique, recherche et enseignement. Formée au CEPV de Vevey, elle poursuit son parcours avec un DAS au CERCCO (HEAD – Genève), où elle explore la céramique contemporaine, avant d'élargir sa pratique avec un Bachelor en Arts visuels à l’EDHEA de Sierre. Elle a ensuite obtenu un Master en Design à la HKB (Haute école des arts de Berne), où elle a développé une recherche autour des relations entre transformation des matériaux, dynamiques écologiques et approches relationnelles de la matière. Co-fondatrice de L-Imprimerie, un espace collectif dédié à l’art et à la création à Lausanne, elle est depuis 2018 chargée de cours et responsable du laboratoire céramique et polymères à l’EDHEA. Son travail explore la manière dont les matériaux participent à des réseaux écologiques, culturels et techniques, et comment ces interactions contribuent à transformer les pratiques de création, d’enseignement et de transmission des savoirs liés à la matière.