Faire école (d'art). Les pédagogies artistiques et l’espace

Master Symposium 2026

Le travail de la recherche qui a conduit à la réalisation du film Faire Ecole s’est construit autour du lien entre espaces et pédagogie. Maximilien Urfer et Robert Ireland, les deux artistes à l’origine du projet, ont en effet pris comme point de départ une hypothèse, celle de leur influence mutuelle. Une fois ce lien suggéré, de multiples exemples d’écoles, de bâtiments, mais aussi de pédagogies se sont révélés à eux.
Le film, conçu comme un regard porté sur les différentes ambiances, modes d’occupation, et matériaux qui composent ces espaces est ainsi focalisé sur cinq écoles, qui ont constitué pour les deux artistes autant de terrains d’observation qu’ils ont explorés en 2024 et 2025.
ESAM, Ecole Supérieure d’Arts et Médias, Caen (FR)
Accademia delle belle arti La Brera, Milano (IT)
Gerrit Rietveld Academy; Amsterdam (NL)
ERG, Ecole de Recherches Graphiques, Bruxelles (BE)
EDHEA, Ecole de design et haute école d’art du Valais, Sierre (CH)

Un des constats majeurs porté par le film est la capacité d’appropriation des espaces par les personnes qui en sont les usagères, leur polyvalence, parfois même leur obsolescence.
Il met aussi en évidence les grandes attentes, portées par les étudiantes et étudiants, les enseignantes et enseignants, ainsi que les membres du personnel technique et administratifs des différents lieux. Le symposium est conçu dans une prolongation de ces questionnements autour du lien entre espaces et pédagogie, qui est mis en évidence dans le film.


Problématiques abordées par le symposium

L’origine du symposium est à trouver dans le déménagement prochain de l’EDHEA dans un nouveau campus, perspective qui suscite au sein des équipes et des communautés de l’école de l’enthousiasme mais aussi des doutes et des interrogations. Cette situation très concrète a fourni le point de départ du projet de recherche Faire Ecole (2023-2025), mené par Robert Ireland et Maximilen Urfer, artistes et enseignants de l’école. A travers le médium du film et à partir d’un travail d’observation dans plusieurs écoles d’art en Europe, ils ont cherché à questionner l’impact de l’espace sur la pédagogie (et vice versa).
Le symposium s’inscrit dans le prolongement de ces réflexions, autour d’une série de questions: comment les espaces définissent-ils le travail? Comment les usagères et usagers peuvent-ils s’approprier, territorialiser, partager et s’adapter à ces espaces? Comment mesurer une ambiance? L’ouverture (ou la fermeture) des espaces? Quid de la possibilité d’un rapport intime à la production dès lors que l’art est un engagement personnel (qu’il soit individuel ou collectif)? La formule de l’atelier (qui n’existe pas dans toutes les écoles) invite à prendre du temps, à l’investir, parfois comme l’extension de l’espace domestique. Existe-t-il une poétique spécifique aux espaces d’enseignement artistique? Comment les transformations qui affectent aujourd’hui les communautés des écoles d’art se traduisent-elles dans les questions spatiales? Une école d’art est-elle un safe space ou au contraire le lieu d’expression de tensions interpersonnelles et politiques? Et qu’en est-il d’une vision spatiale, voire architecturale de la créativité et de la pédagogie artistique?

Des questions plus fonctionnelles font partie du quotidien des usagères et usagers, telles que les cloisons à utiliser (ou pas) pour accrocher des travaux, des nettoyages en fin d’année / de semestre faisant tabula rasa du terreau cultivé par les étudiantes et étudiants, de la sensualité des matériaux, de la praticabilité des accès à l’eau, l’électricité, wifi... De la relation du site avec son environnement (cantine intégrée ou pas, situation (péri)urbaine, assignation stricte de lieux selon leur mission (ateliers techniques…) ou, au contraire, de l’adaptation de salles à des besoins divergents, des heures d’ouverture, et des espaces autres (fumeur, vert…)).
Toutes ces questions, prospectives, si elles n’appellent aucune réponse unique, sont déjà l’esquisse de ce que peut faire une école de ses espaces, de ce qu’est l’idéal d’une école, à défaut d’une école idéale.


Symposium

Le symposium a lieu le 18 mars 2026 à Sion, dans le bâtiment Energypolis de la HES-SO Valais-Wallis (rue de l’Industrie 30).


Inscription

La participation au symposium est gratuite, sur inscription.
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Intervenantes et intervenants

Une nouvelle école d’arts à Caen, Normandie, France. Quelques souvenirs mémorables par leurs caractères pittoresques et extraordinaires
120 individus associés pour définir un projet, conduire une étude de programmation architecturale, suivre la construction d’un bâtiment, se préparer à vivre dans de nouveaux espaces, habiter un nouveau bâtiment et vivre un changement culturel. Déboires et joies.

Jean-Jacques Passera est...
. artiste plasticien, musicien (expositions personnelles et collectives, concerts galerie Karl Flinker, Musée d’art moderne et contemporain Les Sables d’Olonne, Galerie Pascal Van Hoecke, Frac Basse Normandie, Biennale de Sharja, Émirats Arabes Unis, Biennale de Sao Paulo, Kensington Galeries, Londres, Steinway B vs Yamaha C – 4 mains avec Charlemagne Palestine…).
. chercheur boursier Fulbright, MICA, Baltimore, MD.
. producteur d’émissions à France Culture Radio France.
. commissaire d’exposition (Roland Barthes, Fabrice Hybert, Jordan Crandall, Gilgian Gelzer, Mark Lewis, Otto Zitko, William Kentridge).
. programmateur d’événements culturels et spectacles vivants (Heiner Goebbels, William Kentridge, Les Souffleurs, Chris Marker, Robert Bresson, Mickael Powell, Nathalie Béasse, Jean-François Perret, Gilles Jobin, Velma, Compagnie du Zerep).
. chargé d’études sur les enseignements artistiques arts plastiques dans l’Union Européenne, Ministère de la Culture.
. enseignant, tuteur, professeur (Royal Academy of Arts Schools, Parsons school of design, Ecole supérieure d’arts et médias de Caen).
. directions, directeur pédagogique, directeur général (Ecole supérieure d’arts de la Réunion, Ecole supérieure d’arts et médias de Caen, Normandie).

«Des ronds dans des carrés? Journal de voyage en pédagogie artistique»
Cette conférence discute la manière dont se cocréent les espaces d’enseignement et les pédagogies artistiques, à partir d’expériences dans différents départements d’arts visuels, d’histoire de l’art et d’écritures créatives, (dont Montréal, Amsterdam, Londres, Boulder et plusieurs écoles d’art en France).

Sophie Orlando est autrice, chercheuse, et professeure associée en théorie de l'art à la Villa Arson à Nice. Elle travaille sur l’épistémologie de l’art et l’éducation artistique.
Elle est rédactrice scientifique, et co-éditrice aux côtés d'Alice Dusapin de la collection La surface démange, dédiées aux approches critiques de l’éducation artistique (Villa Arson-Sternberg Press).
Issu d’un atelier pratique et théorique intitulé «chercher avec», son livre, La Part Affective (Paraguay, 2024), mêle une histoire réflexive de l'art, une pédagogie critique et un récit fictif sur l'enseignement de la théorie de l'art. Les Fourmis Courent en Deux Sens/Ants Walk Two Ways, coédité avec l'artiste Katrin Ströbel, (Villa Arson-Archive Books, 2024) est également issu d’un atelier pratique et théorique de près de 10 ans «situations post». Ce livre assemble des entretiens, des manifestes, des textes théoriques et fictionnels à propos des processus artistiques, politiques et éphémères, d’une scène artistique sensible aux effets de colonialités de l’art après le tournant de 2007.
Elle termine actuellement un livre dont le titre provisoire est Le contemplatif et les savoirs mous de l’art.

Façonner l’espace depuis la marge – l'occupation, les initiatives étudiantes et les nouveaux campus
A travers un partage d'expérience de plusieurs situations d'occupations d'école d'art dans le cadre de luttes ou de projets en marge des programmes pédagogiques, l'intervention pose la question de comment l'espace encourage ou limite les initiatives étudiantes, et de l'impact de cette influence sur le parcours des étudiantes et étudiants.

Rémi Dufay est metteur en scène et artiste visuel. Son travail est présenté dans de nombreux lieux en Suisse et à l‘étranger: Bâtie, Centre d‘art Contemporain Genève, Santarchangelo Festival, Théâtre National Wallonie Bruxelles. Artiste associé de la première volée de L‘Abri Genève, il est lauréat de la Bourse culturelle Leenaards 2022 en art de la scène. Il a coordonné la BIG – Biennale des espaces d‘art de Genève de 2018 à 2023.

L’histoire de l’art en écoles d’art: espaces théoriques au sein de l’enseignement artistique à Vienne et à Bâle à partir des années 1970
Dès les années 1960, les écoles d’art européennes s’engagent dans un processus de transformation en établissements d’enseignement supérieur. En Autriche, l’entrée en vigueur de la Kunsthochschul-Organisationsgesetz en 1970 marque un tournant décisif en érigeant les académies d’art au rang de hautes écoles. Cette réforme renouvelle l’enseignement artistique en affirmant l’égalité entre art et science et en imposant le regroupement des enseignements théoriques au sein d’espaces scientifiques distincts des ateliers pratiques. Dans ce contexte, l’Akademie der bildenden Künste de Vienne fonde un Institut d’histoire de l’art en 1972, tandis que la Hochschule für angewandte Kunst crée une chaire d’histoire de l’art en 1974. En Suisse, un processus comparable s’amorce à la suite du Rapport Clottu (1975), qui déplore qu’en dehors de Genève les artistes ne puissent se former que dans des écoles d’arts appliqués et appelle à la transformation de ces institutions en structures d’enseignement tertiaire. En 1978, une révision de la loi fédérale sur la formation professionnelle permet à certaines classes des écoles d’arts et métiers d’accéder au statut d’écoles supérieures reconnues au niveau fédéral. A Bâle, la section d’arts appliqués de l’Allgemeine Gewerbeschule est rebaptisée Schule für Gestaltung en 1980, puis se dote, en 1982, d’une Höhere Schule für Gestaltung.
Quel véritable impact ces changements législatifs ont-ils eu sur la structure de l’enseignement artistique? Qui enseigne alors l’histoire de l’art, et selon quelles modalités? Comment se redéfinissent les différents espaces d’enseignement (ateliers, classes magistrales, instituts théoriques, etc.)?
L’intervention propose quelques éléments de réponse fondés sur des entretiens menés avec d’anciennes et anciens étudiants et collaborateurs des écoles étudiées, ainsi que sur l’analyse de documents d’archives.

Melissa Rérat est chercheuse postdoc et chargée d’enseignement à l’Université de Bâle; elle enseigne également aux Universités de Fribourg et de Neuchâtel. Son projet de recherche actuel, intitulé The Role of Art Schools in the Construction of Art History as a Discipline, a été soutenu durant trois ans par le Fonds national suisse et se poursuivra dès août 2026 à l’Université de Heidelberg grâce à une bourse de la Fondation Humboldt. Il explore les rapports entre l’institutionnalisation de l’histoire de l’art en tant que discipline universitaire à la fin du XIXe et durant le XXe siècle, l’enseignement de l’histoire de l’art dans les cursus artistiques et la création d’instituts d’histoire de l’art dans les écoles d’art. Sa thèse de doctorat en histoire de l’art et en sociologie (Université de Neuchâtel 2020, publiée en 2022) portait sur la construction discursive de l’art vidéo dans les années 1970.


Organisation et modération**

Jill Gasparina, professeure assistante et chercheuse
Robert Ireland, professeur associé et chercheur


Horaire (sous réserve)**

10h00-10h30 : accueil, introduction, brève présentation des intervenant·es.
10h30-11h30 : projection du film.
11h30-12h30 : discussion autour du film
12h30-14h00 : repas
14h00-14h40 : présentations de Jean-Jacques Passera et Sophie Orlando
14h40-15h20 : discussion et échange avec le public
15h20-16h00 : présentations de Rémi Dufay et Melissa Rérat
16h00-16h20 : pause
16h20-17h00 : discussion et échange avec le public
17h00-17h30 : discussion, clôture, conclusion
17h30 : apéritif de clôture