On se souviendra de la suite

Expo de diplômes Bachelor et Master

Le Manoir de la Ville de Martigny et la Fondation Louis Moret accueillent l'exposition de travaux de diplômes Bachelor et Master 2026.

Avec les travaux de
Morgane Deiss, Syméon Eltschinger, Filippo Fibbioli, Léane Fuld, Jessami Gaillard, Maïa Gemmet, Joëlle Klaus, Ganimet Kukaqi, Ezra Schläfli, Jeanne Vinçani, Estrella Maria Wyss (Bachelor en Arts visuels)
Maurice Eggel, Solène Gonnet, Cyrielle Ternon-Weber (Bachelor en Son)
Claire Frachebourg, Zoé Gronchi, Pauline Humbert, Marcel Kpoho, John-Félix Lehmann, Léonard Rossi, Anna Lucia Schaffter, Nina Nicola Schipoff, Chloé Sonderegger, Michaël Tsang, Liqi Wang (Master MAPS+S)

Curation: Vittorio Parisi, responsable de la filière Arts visuels

Exposition: du 19 septembre au 3 octobre 2026
Vernissage: 19 septembre, 17h
Manoir de la Ville de Martigny, Rue du Manoir 3, Martigny
Fondation Louis Moret, Chemin des Barrières 33, Martigny


On se souviendra de la suite

La formule renverse l'ordre habituel de la mémoire: on se souvient de ce qui a eu lieu, pas de ce qui vient. C'est pourtant ainsi que cette génération se souviendra, peut-être, de son passage à l'école. Non comme d'une parenthèse avant le poids des choses, mais comme du moment où il a fallu commencer à le porter: le climat qui se dérègle, les corps qu'on assigne ou qu'on efface, les violences qu'on invisibilise et qu'on n'arrive plus à taire, les futurs qu'on nous apprend à ne plus imaginer.
On retrouve ce retournement en littérature et en cinéma, par exemple dans Le Souvenir d'un avenir (2001), film de Chris Marker et Yannick Bellon, et dans Memories of the Future (2019), roman de Siri Hustvedt, qui partagent un paradoxe voisin : on peut se souvenir, avec nostalgie, non tant du passé que de la façon dont, depuis le passé, on a imaginé l'avenir.
Cette exposition s'inscrit dans cette même mémoire inversée : ce dont on se souviendra ici n'est pas le temps passé à l'école, mais les avenirs qu'on s'y est autorisé, avec beaucoup de joie, à imaginer.
Les écoles d'art sont aujourd'hui des lieux de réenchantement de l'avenir. Dans une époque qui semble de plus en plus nous empêcher d'en imaginer de meilleurs, ces lieux exceptionnels demeurent parmi les dernières zones franches où cette permission continue d'exister, collectivement, et malgré les contradictions propres à leur nature institutionnelle.
Garder des traces. Franchir des seuils. Nommer des absences. Ce sont les trois gestes qui reviennent, sous des formes irréductiblement différentes, dans les pratiques que cette exposition réunit. Ce qui s'y joue n'est jamais la nostalgie d'un avant: c'est l'usage d'un déjà-là - un héritage, une matière, une langue, un geste transmis - comme matériau d'un pas-encore.
À chacune et chacun des diplômé·es, une seule question est posée : quel souvenir de l'avenir gardes-tu de ton passage ici? Les réponses, plurielles et disparates comme les pratiques qu'elles accompagnent, composent un texte à plusieurs voix.
On se souviendra de la suite ne raconte donc pas une histoire. Elle ouvre une constellation de futurs déjà en cours d'invention, à habiter ensemble dans les murs du Manoir de la Ville de Martigny et de la Fondation Louis Moret.