Faire des mots avec des choses
Spring Creative Research
Une proposition de Yann Chateigné et Jelena Martinovic
Spring Creative Research est une initiative de l'Institut de Recherche en Arts Visuels (IRAV) en collaboration avec MAPS+S. Son but est de renforcer les liens entre pédagogie et recherche et d'expérimenter autour des formats de création collaboratifs. Faire des mots avec des choses est la quatrième édition de ce rendez-vous.
21-23 avril 2026
Avec la participation de Yann Chateigné Tytelman, Margaux Dewarrat, Alain Freudiger, Quinn Latimer, Jérôme Leuba, Jelena Martinovic et Camille Paulhan
La pratique de l'écriture se situe aujourd’hui au centre d'enjeux cruciaux, voire critiques: dans l'espace numérique, à travers l'usage des réseaux dans lesquels les images, les vidéos et les sons sont prégnants, soumis à un flux d'informations et de données toujours plus intense, l'écriture est assurément sujette à une révolution, une menace peut-être — dans tous les cas un changement de paradigme. En parallèle, l'écriture prolifère dans les sphères culturelles, artistiques et sociales. Elle se pratique au croisement de nombreuses disciplines: littérature, arts, poésie, danse, théorie, activisme… Sa pratique est de nos jours un point de rencontre entre des univers qui ne se rejoignaient pas de cette manière jusque-là: entre art et performance, recherche et engagement, édition et éducation. La multiplication des groupes de lecture, des maisons d’éditions, des événements tournés vers le texte, des revues et des livres et de romans d’artistes, des plateformes sonores et des radios en lignes, démontre la vitalité d'une expérience qui trouve dans l'espace de l'art un lieu d'accueil, de mise en question et d'expérimentation.
Ce workshop propose une approche théorique et pratique de l'écriture envisagée depuis les arts visuels. On y découvrira une constellation de pratiques allant de la théorie, de la fiction à l'autotextualité, en passant par la poésie, les écrits d’artistes ou la performance — tout en abordant les autres formes inclassables qui se situent entre les genres identifiés. On y pratiquera la lecture, l'écoute, la conversation. On y écrira aussi, beaucoup, de manières très différentes: libre et à partir de «prompts» spécifiques, seul ou à plusieurs, on écrira sur des sujets précis et aussi sans objet. On fera l’expérience «d'écrire sans écrire». On écrira aussi par d'autres moyens.
L'objectif du workshop est d'offrir une expérience d'écriture à même de poser les bases d'une pratique régulière, productive, accompagnée de repères littéraires et théoriques qui permettent de situer dans un champ en mouvement constant. A partir de méthodes diverses, l'idée est de donner des outils individualisés tout en accentuant la nécessité d'une expérience collective et l'importance de la lecture et de l'échange en groupe en relation dynamique avec la pratique de l'écriture pour singulariser une activité intime et individuelle.
Ecrire dans le champ des arts visuels implique le passage d'un monde vers un autre, du monde des images, des formes, des objets vers celui du texte et de la lecture. Pour accompagner cette transition, la méthode proposée pour ce workshop part de la lecture et de l'écoute, de discussions et d'exercices d'écritures, pratiques à partir desquelles les participantes et participants sont invités à créer. Progressivement, guidée par les enseignantes et enseignants, chacune et chacun produit une pièce textuelle puis est conduit à penser aux manières de les donner à lire, à voir, à entendre, à ressentir — de la rendre public. Collectivement, le groupe travaillera également aux manières d’assembler ces productions, à l'issue des trois jours, sous la forme d'une rencontre publique.
Lue, jouée, projetée, dessinée, peinte, diffusée, performée… à l'instar d'une publication incarnée, vivante, et éphémère, la proposition sera enregistrée afin d'être archivée (et potentiellement post-produite et diffusée en ligne sous la forme d'une émission de radio), puis dans un deuxième temps, éditée et imprimée.
21 avril (enseignement exclusivement en anglais)
10h00 - 13h00
Warm up session
Introduction (45 min): Jelena Martinovic & Yann Chateigné Tytelman
Présentations des participantes et participants
Reading & writing group avec Quinn Latimer
14h00 - 17h00
Reading & writing group
Les étudiantes et étudiants travaillent sur les textes. Elaboration du et de la structure de l’événement/publication. Feedback session avec Quinn Latimer
Enregistrement de fragments/lecture/lecture commentée par Quinn Latimer, avec la présence de Romain Iannone pour l’enregistrement sonore
22 avril (enseignement bilingue)
10h00 - 13h00
Warm up session
Reading & writing group avec Jelena Martinovic
14h00 - 17h00
Exercices d’écriture individuels et collectifs
Les étudiantes et étudiants travaillent sur les textes et leurs productions
Jelena Martinovic, Yann Chateigné et Margaux Dewarrat sont à disposition pour guider la préparation.
23 avril (enseignement bilingue)
10h00 - 13h00
Warm up session
Reading & writing group avec Yann Chateigné Tytelman
14h00 - 15h30
Répétition, mise en œuvre de l'événement
Lectures, conversations enregistrées
15h30-17h30
Avec la participation de Jérôme Leuba, Camille Paulhan (visio) et Alain Freudiger, et la diffusion des fragments de texte de Quinn Latimer, Yann Chateigné et Jelena Martinovic et Margaux Dewarrat, avec la présence de Romain Iannone pour l’enregistrement sonore
18h00
Apéritif
19h00
Pizza
Yann C. Tytelman
Ariana Reines, Wave of Blood, London: Divided Publishing, 2025.
Etel Adnan, Le destin va ramener les étés sombres: anthologie, Paris: Points, 2022, traduit de l’anglais par Martin Richet, Jérémy Victor Robert, Françoise Despalles, Pascal Poyet et Françoise Valéry.
Hervé Guibert, La piqûre d'amour et autres textes suivi de La chair fraîche, Paris: Gallimard, 1994-2021.
Jackie Wang, The Sunflower Cast a Spell To Save Us From The Void, New York: Nighboat Books, 2021.
Legacy Russell, Roses, in Granta “Still life” issue, 1er septembre 2020.
Maggie Nelson, Pathemata, Or, The Story of My Mouth, Seattle: Wave Books, 2025 publié en français sous le titre Pathemata, ou l’histoire de ma bouche, Paris: Les Editions du Sous-Sol, 2025, traduit de l’anglais par Céline Leroy.
Romain Noël, La Grande Conspiration affective. Un thriller théorique, Paris: La Librairie du XXIe siècle/Seuil, 2024.
Jelena Martinovic
Lydia Davis, The visit to the dentist, tiré de Can't and won't, Penguin books, 2013.
Ocean Vuong, Untitled (Blue, Green, and Brown): oil on canvas: Mark Rothko: 1952, tiré de Night Sky with Exit Wounds, Cape poetry, 2017.
Claudia Rankine, Don't let me be lonely. An American Lyric., Graywolf Press, 2014.
Claudia Rankine, Citizen. An American Lyric., Graywolf press, 2014.
Quinn Latimer
Bhanu Kapil, Ban en Banlieue, Nightboat Books, New York, 2015.
Edward W. Said, Beginnings. Intention & Method, Columbia University Press, New York, 1975
Etel Adnan, The Arab Apocalypse, The Post-Apollo Press, 1989. First published by the Editions Papyrus, Paris, 1980.
Adrienne Rich, The will to change. Poems 1968-1970, W. W. Norton & Company, New York, London, 1971.
Biographies
Né dans les Landes (France) en 1977, il a grandi à Pau, à l'époque une petite ville éloignée des centres artistiques. C'est à travers la musique expérimentale, dans un milieu local très actif et exploratoire qu'il s'est initié aux pratiques contemporaines. Après des études d'histoire de l'art, il s’est installé à Paris pour étudier à l'Ecole du Louvre. Il a été engagé par le Centre Pompidou comme assistant pour une exposition organisée par Elein Fleiss et Olivier Zahm du magazine Purple, puis par le département Spectacles Vivants, où il est chargé de projets à la croisée de la danse, de la musique, de la mode et des arts visuels. Parallèlement, il a cofondé un événement artistique interdisciplinaire dans sa ville natale, en investissant des locaux industriels vacants et en réunissant musique électronique, danse, cinéma, littérature et arts visuels.
En 2007, il a co-organisé A Theatre without Theatre au MACBA, à Barcelone, une exposition qui retraçait les influences mutuelles entre les arts visuels, le théâtre et la danse. La même année, il a été nommé conservateur en chef du Musée d'art contemporain CAPC à Bordeaux, où il a conçu un programme mêlant expositions artistiques et programmes publics. En 2008, il y a co-organisé IAO, une exposition expérimentale et performative sur le psychédélisme francophone. En 2009, il s'est engagé dans l'éducation artistique et est devenu responsable du département des arts visuels de la Haute école d’art et de design de Genève. Il y a développé LIYH, l'institut curatorial de la HEAD, ainsi que Fieldwork, un programme de résidence à Marfa au Texas. Il a organisé plusieurs expositions pendant cette période, notamment The Mirage of History, qui a voyagé de Milan à Londres puis à Vancouver, et La vie matérielle, le prix 2013 de la Fondation Ricard à Paris.
En 2020, il a rejoint Kanal — Centre Pompidou à Bruxelles et co-organisé It Never Ends, une carte blanche donnée à l'artiste John M Armleder, avec lequel il a mis en place un vaste projet interdisciplinaire réunissant une centaine d'artistes dans un espace de plus de 6 000 m². En 2022, il a été coordinateur artistique de MORPHO, une résidence d'artistes à Anvers. Parallèlement, il a cofondé Speckled Toshe, un label musical qui produit des disques d'artistes visuels, basé entre Berne et Bruxelles.
Ses projets récents abordent les thèmes du sommeil, du silence et de la politique de l'obscurité. Il a organisé des projets liés à l'écologie — How to be Organic?, Country SALTS, Bennwil, 2022; Regenerative Futures, Fondation Thalie, Bruxelles, 2024 — et à l'histoire alternative — Material Thinking: Gordon Matta-Clark, Centre canadien d'architecture, Montréal, 2019; By repetition, you start noticing details in the landscape, Le Commun, Genève, 2019, ainsi que la question de la destruction — A Gittering Ruin Sucked Upwards, HISK, Bruxelles, 2022; Four Sisters, Musée juif, Bruxelles, 2023.
Il a écrit pour Artforum, Les Cahiers du Musée National d'Art Moderne, Conceptual Fine Arts, Frieze, Mousse, Spike et a contribué à de nombreux catalogues d'exposition et publications collectives. En 2019, il a coédité Almanach Ecart. A Collective Archive, qui a reçu la médaille d'or au salon Schönste Bücher aus aller Welt à Leipzig. Il est membre de la faculté du programme d'études curatoriales du KASK à Gand et directeur de thèse à KHiO, l'Académie royale des arts d'Oslo. Il vient de publier son premier ouvrage de non-fiction narrative, Blackout, chez Les Fugitives à Londres. Il vit actuellement à Bruxelles, où il a cofondé Celador, un projet à mi-chemin entre un espace indépendant, une coopérative curatoriale et un lieu «pour faire des choses avec les mot ».
yct.solar
celador.space
speckled-toshe.ch
linktr.ee/ceasefire_readinglist
Margaux Dewarrat vit et travaille entre Lausanne, Sierre et Paris. Titulaire d'un Bachelor en Arts visuels (ECAL, 2018) et d'un Master en Arts visuels avec une spécialisation MAPS (Master of Arts in the Public Spheres) (EDHEA, 2021), elle a développé une pratique artistique aux multiples facettes. Son travail prend la forme de découpages, de collages, de volumes en papier et de sculptures, d'installations et de projections, ainsi que d'écrits, sous forme de publications et de lectures.
Fascinée par le pouvoir et le potentiel des mots, Margaux Dewarrat adopte une approche sensible, matérielle et polyvalente du langage. Elle développe des répertoires formels colorés au sein desquels les mots, les signes et les symboles qu'elle collecte, accumule, sélectionne et manipule résonnent les uns avec les autres. Parallèlement à son travail en atelier, Margaux s'implique activement dans la scène artistique émergente en Suisse en tant que cofondatrice de l'artist-run space itinérant 13 Vitrine (Renens/Lausanne, 2021 – présent). Elle partage son temps entre Lausanne et Paris, où elle travaille comme set designer (scénographie/décors/accessoires) dans les secteurs du luxe et de la mode. Depuis 2025, elle travaille en tant que collaboratrice artistique au sein du MAPS+S.
Quinn Latimer est une poète, critique, éditrice et, à l'occasion, commissaire d'exposition dont le travail explore souvent les imbrications entre les imaginaires et les technologies littéraires et cinématographiques, tels qu'ils sont façonnés par les enjeux du désir politique et du social. Elle est l'auteure de plusieurs ouvrages, dont Like a Woman: Essays, Readings, Poems (2017) et Rumored Animals (2012), et ses textes ont été largement publiés dans des revues telles qu'Artforum, Frieze, The Paris Review et Texte zur Kunst. Ses performances et écrits ont été présentés dans de nombreuses institutions internationales, notamment au REDCAT (Los Angeles), à la Chisenhale Gallery (Londres), à la Biennale d’architecture de Venise et à la Biennale de Sharjah.
Elle a récemment commissarié les expositions SIREN (some poetics) à Amant (New York) et Perpetual Language: Patricia L. Boyd and Na Mira à Croy Nielsen (Vienne). Ancienne rédactrice en chef des publications de la documenta 14, elle a coédité The documenta 14 Reader et Daybook (Prestel, 2017), ainsi que de nombreuses autres publications. Elle dirige aujourd'hui le Master à l'Institute Art Gender Nature (HGK Basel FHNW), où elle co-organise la série de symposiums IAGN, et poursuit un doctorat entre Bâle et Linz. Elle travaille actuellement sur un roman, Sun With Teeth.
Jérôme Leuba est artiste, chercheur et professeur associé à l'EDHEA. Depuis une vingtaine d’années, il développe un corpus d'œuvres intitulées #battlefield qui associent différents médiums (vidéo, installation) dont des sculptures vivantes, œuvres performatives qu'il met en scène dans des espaces publics et muséaux choisis. Il a exposé pour des présentations monographiques ou collectives dans de nombreux centres d'art suisses et européens, et a bénéficié de résidences internationales et prix nationaux.
Jelena Martinovic est une chercheuse et enseignante qui opère à la croisée des domaines de l'art contemporain et des sciences. Publiant des textes académiques, essais et poèmes en trois langues, elle a travaillé sur l'histoire de la mort, l'alpinisme et la créativité. Jelena Martinovic s’intéresse actuellement aux technologies visuelles et au patrimoine, notamment dans le cadre du projet FNS récemment décroché (X Rays: Medical Heritage, Migration, and Architecture in Valais XXth and XXIth centuries, 2026-2029), et est en de train de préparer un chapitre pour un volume sur l’art et la thérapie (Oxford University Press, 2027).
Professeure et responsable de la recherche à l'EDHEA, Jelena Martinovic dirige et coordonne des projets de recherche qui donnent lieu à des expositions, des environnements d'apprentissage et des initiatives dédiées au corps social. En 2025, Jelena Martinovic a lancé Indiscipline, une revue dont le but est de renforcer le leadership de l'IRAV en matière de pratiques collaboratives et de promouvoir la recherche artistique en tant que moteur de changement.
Alain Freudiger a étudié l'histoire du cinéma et participé comme critique à la revue Film puis Décadrages. Son œuvre littéraire est composée de romans (Liquéfaction, Hélice Hélas, 2019), de récits (Arpenté, La Baconnière, 2024) et de poésie (Au téléphone, Héros-limite, 2023). Son livre Le Mauvais génie. Une vie de Matti Nykänen (La Baconnière) a reçu le Grand Prix Sport et Littérature en 2020. Il est également auteur de pièces sonores et travaille comme archiviste à la Radio Télévision Suisse.
Camille Paulhan est historienne de l'art, critique d’art et enseignante. Elle a écrit sur Châteauroux, le dessin performé, l'humour féministe, les champignons hallucinogènes, les homonymes, les boîtes de conserve, les milieux de carrière, l'avenir de l'art prédit par une cartomancienne, les chauffeurs de taxi basques, les techniques de forge, les métaphores excrémentielles dans les œuvres chocolatées, les ateliers d'artistes, l'ostension de la sainte couronne, les maisons hantées, entre autres.